Jérusalem

Et autres péripéties cisjordaniennes

19 décembre 2017

Par hugo et lucas

Rappelez-vous. Nous sommes de retour de notre périple improbable et nous attendons sagement l’avion en Géorgie. Enfin, sagement… Qui eut cru qu’Israël, ça commencerait dès l’aéroport ? Eh bien oui. Car on ne rentre pas en Terre Sainte comme dans une papeterie ! Fouille intégrale du sac, de l’appareil photo et des carnets de notes. Interrogatoire d’une bonne demi-heure. On a même dû leur faire voir notre site internet ! Et toujours et encore cette question, peut-être dix fois : « Est-ce que quelqu’un vous a donné un objet à remettre à une connaissance en Israël ? ». Enfin, le vol est garanti sans attaque terroriste au moins. Puis nous atterrissons à Tel Aviv. Très tard. Ou très tôt, nous n’avons pas encore tranché. Toujours est-il qu’il faisait nuit. Et que la fatigue commençait à se faire sentir. Surtout pour comprendre les arrêts de bus et leurs horaires en hébreu… Celle-là, on ne l’avait pas vue venir. On n’était pas prêts psychologiquement… Mais bon, google est notre meilleur ami depuis quelques temps ! Nous prenons un bus directement vers Jérusalem, où nous avons repéré une petite auberge de jeunesse. Une arrivée nocturne donc, en plein cœur de la vieille ville, elle-même vielle comme le monde. Un enchevêtrement de petites rue étroites, labyrinthiques. Sans aucune pitié pour nous autres pauvres voyageurs ! Nos pas (et google accessoirement, mais nous préférons dire nos pas), nous mènent au perron de notre auberge. Fermée pour l’heure. On se prépare alors à passer la nuit dans la rue. Sauf que ! La porte d’entrée n’est pas verrouillée. On la pousse. Et n’écoutant que notre courage, nous entrons dans l’auberge, en se disant que l’on sera toujours mieux à l’intérieur. Notre arrivée, furtive telle celle de ninjas en action, réveille le gardien, qui nous ouvre une chambre fort gentiment, avec un regard mélangeant compassion, désespoir, fatigue et mépris. Si si, c’est possible. Nous n’aurions jamais cru être aussi reconnaissants envers quelqu’un un jour. Franchement, à ce moment-là, on était épuisés. Et Lucas en a même fait des cauchemars, en rêvant de la route en Marshrutka, du retard, du retard de l’avion, du stress de devoir dormir dans la rue à Jérusalem, avant de se réveiller pour constater qu’on était en sécurité dans un lit chaud. Se rendormir, et repartir pour un cycle ! Car, ne l’oublions pas, tout ça s’est déroulé en moins de 24h. Mais à partir de là, Jérusalem sera à nous ! Nous allons vous dispenser de la visite des hauts lieux. Lucas a touché le mur des lamentations, on a vu le tombeau du Christ, Hugo a vu Jésus, bla bla. Tout ça, c’est du vu et revu. Nous, on va vous parler de ce qui a été vraiment important ! Ce qui est important, c’est que le patron de l’auberge, fatigué de ne voir que des voyageurs qui ne prennent jamais le temps de discuter, trop pressés de visiter les lieux saints, nous a pris en amitié. Qu’il nous a offert des repas et des recettes de cuisine. Qu’il nous a ouvert la porte de son toit, pour que nous ayons un roof top privé en plein cœur de la veille ville. Qu’il nous a amenés chez son ami pâtissier pour nous faire goûter des spécialités succulentes. Qu’il nous a appris à faire du thé vert à la menthe. Ça, c’était de loin le plus important. En discutant avec lui, nous sommes rentrés pour de vrai dans l’histoire récente d’Israël. Vous en connaissez beaucoup des gens, vous, qui ont vu leur père en prison pour avoir posé des bombes lors de la première intifada ? Et c’est là que nous avons pris conscience de tout le poids de l’histoire de cette région du monde. Depuis les âges reculés, bien avant le roi David ou Salomon, ça a toujours été un mélange de guerres, de conflits et de changements. Israël et Palestine, ce n’est qu’un exemple de plus. Mais celui-là, il met des groupes de militaires armés jusqu’aux dents dans les rues. Mais Jérusalem, c’est aussi un enchevêtrement de petites rues, bondées de commerces. Ici, l’encens se vend sous sa forme brute. Les étales de fruits débordent et les pâtisseries nous offrent tout un éventail de saveurs et de couleurs, à l’instar des rues. Un labyrinthe où chaque pas peut vous conduire sur un haut lieu de culte. C’est aussi un lieu où, comme à Sarajevo, les religions sont dans une promiscuité incroyable, sans anicroche.

Nous avons une dernière aventure à vous raconter avant de finir notre histoire. Une petite péripétie comme nous savons maintenant si bien les faire ! On voulait simplement aller se baigner dans la mer Morte. Quitte à être allés aussi loin, nous n’allions pas nous priver pour quelques kilomètres de plus. Mais, aventuriers bornés que nous sommes, nous ne voulions pas aller au coin touristique. Que nenni ! Nous repérons donc ce qui nous parait être la plus grande ville côtière. Ou du moins le plus grand village. Et nous revoilà sur la route, dans un petit bus. Notre œil aguerri aura tôt fait de repérer quelques détails qui clochent. Le fait que les villages desservis sont tous cerclés de haut barbelés et gardés par des militaires en armes. Ou alors que la mer était jalonnée de panneaux indiquant des terrains privés, interdits d’accès. Et puis, franchement, que font ces gens parqués dans des villages au milieu d’un désert rocailleux où rien ne pousse, près d’une mer où aucun poisson ne vit ? Nous n’avons toujours pas la réponse… Toujours est-il que nous descendons à notre destination. Notre venue était tellement irréaliste que la seule personne à descendre du bus avec nous est venue nous demander ce que nous faisions là, nous aussi, et nous explique gentiment que se baigner ici, ça va être compliqué… Nous sortons donc du village, où le militaire en arme nous explique sereinement que nous pouvons faire du stop, destination Kalya, parmi tout les touristes. Ce sera finalement un bus qui nous récupérera, alors que le ciel se couvrait de nuages menaçants. À Kalya, l’accès à la mer est payant. Pour le côté sauvage, on repassera. Mais, en slalomant entre les occidentaux recouverts de boue adoucissante, et les orientaux prenant leurs photos, nous avons pu accéder à la mer. Et c’était vraiment marrant. Il est vrai que l’on y flotte incroyablement bien. Fin ? Non. Il reste le retour. Ce serait bien mal nous connaître que de croire qu’il ne nous a pas réservé quelques surprises ! Nous attendons le bus. La pluie tombe doucement. C’est un lieu un peu mystique. Un quart d’heure passe. Nous sommes entre de vieux bâtiments anti-bombardement. Au loin, l’orage gronde, et le soleil baisse petit à petit. Une demi-heure passe. D’autres jeunes prennent leur mal en patience, dans une ambiance post apocalyptique. Le vent s’est désormais levé. Un vent du désert, fort et impérial. L’orage devient menaçant. Plus d’une heure s’est écoulée. On apprend via un taxi que la route que devait prendre le bus est coupée à cause d’une inondation provoquée par l’orage. On vous le dit, c’était une ambiance de fin du monde ! Nous, enfin, un couple d’Indiens qui était avec nous, négocie le prix du taxi collectif. Nous étions un petit groupe de dix, version arche de Noé des temps modernes. Deux Italiennes, deux Indiens, quatre Polonais et deux Français, le début d’une histoire drôle. Attendez la suite. Après palabre, un premier arrêt plus tôt que prévu et de nouvelles négociations, le taxis accepte de nous mener jusqu’à la frontière israélienne. Cisjordanien, il s’arrêtera devant le poste frontière, qu’il ne veut pas passer. Ce qui mettra les militaires en alerte. Nous sommes donc accueillis par des armes. Nous descendons du taxi. Hugo en dernier, qui aura le bon réflexe de mettre le frein à main alors que le véhicule repartait en arrière sur la route fréquentée. Et c’est alors que nous nous demandions comment poursuivre jusqu’à Jérusalem, qu’un des militaires se mit au milieu de la route, braquant un bus vide de son arme. Voilà. Problème résolu. Le chauffeur a dû nous emmener au centre-ville, sur ordre de l’armée. On se sentait mal pour lui, mais ça nous a permis de rentrer rapidement. Nous finirons nos dernières heures au marché de Jérusalem, accompagnés de nos amis du jour, pour fêter notre péripétie qui nous aura fait rire jusqu’au bout de la nuit. 

Cet article a 1 commentaire

  1. Quand même : sacré voyage !!! belle réussite (et merci pour les recettes ;-)).

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